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Le Monde - 07/08/08 Les chambardements dans la chanson

 
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Lorelle
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PostPosted: Thu 7 Aug - 17:36 (2008)    Post subject: Le Monde - 07/08/08 Les chambardements dans la chanson Reply with quote

LE MONDE 7 août 2008
Par Véronique Mortaigne

Les chambardements dans la chanson
par Véronique Mortaigne

http://www.lemonde.fr/opinions/article/2008/08/07/les-chambardements-dans-l…

L'histoire de la chanson française retiendra peut-être l'anecdote qui a marqué l'été : la sortie le 11 juillet de Comme si de rien n'était, l'album de Carla Bruni, l'épouse du président de la République. Le cumul des fonctions est inhabituel. On cherche dans le passé. Eva Peron fut actrice de série B avant d'épouser en 1945 le futur président argentin. On cherche dans le présent. Sonsoles Espinosa Zapatero, femme du président du gouvernement espagnol, est chanteuse d'opéra, soprano discrétissime. On cherche, mais en vain. L'épisode Carla Bruni est inédit.

Il est extra-ordinaire, non seulement parce que la chanteuse, ex-top-model rompu à l'exercice médiatique, a utilisé la vitrine des variétés pour organiser la communication politique de son couple, mais plus encore parce qu'il témoigne du grand chambardement des industries culturelles et de leurs modes d'expression. On pourra remarquer la précision du plan de communication de la première dame de France, qui pousse loin l'inventivité de la promotion : à une phrase musicale de Barbara ajoutée en catimini sur Dérangez les pierres, mélodie originellement composée par Julien Clerc, répond le 12 juillet une photo de Peter Lindbergh pour le magazine Elle. Carla Bruni y pose dans l'attitude de la jeune Françoise Hardy, cheveux longs, jambes repliées ; en fond, sur un piano, la photo de Barbara. De quoi suggérer son positionnement dans le cursus de la chanson française...
L'épouse du président n'a pas innové sur ce terrain. Pas plus qu'elle n'a été précurseur des excroissances d'image : Pete Doherthy, Amy Whinehouse, Britney Spears, ivres et drogués... Médias et consommateurs adorent la folie des stars. Depuis peu, la mode s'incurve vers les chanteurs populaires philosophes (sic), tel Julien Doré, ou les vertueux, les redresseurs de torts, y compris dans le monde du rock'n'roll, où les abus sont fondateurs.
Ainsi, Radiohead, embarqué dans un légitime souci de réduction des dépenses d'énergie lors de son spectacle, a exigé que les places réservées à la presse ne soient attribuées qu'aux cinquante premiers journalistes arrivés à vélo jusqu'au seuil de Beggars France. La maison de disques indépendante a dû céder au diktat des Britanniques.
Il fut un temps où les artistes en mal de précision désiraient guider la main du journaliste. On a vu ainsi le "publicist" (chargé de communication) de David Bowie distribuer d'épaisses enveloppes intitulées " Toutes les questions que vous voulez poser à David Bowie", avec les réponses, avant des interviews organisées à New York pour la presse mondiale. Au moins avait-on l'avantage de rencontrer ensuite l'homme aux yeux vairons en tête à tête.
Cet été, l'Américain Tom Waits, conforme à sa réputation d'ours inspiré, a franchi le cran supérieur. Se nourrissant de son cercle de passionnés, il a exclu les contempteurs, en octroyant à des journaux des autoentretiens et en donnant une conférence de presse pied de nez sur Internet (les flashes des appareils photo et les questions sont en fait un trucage, Waits répondant à une salle vide). Il a aussi exigé des vérifications d'identité à l'entrée de ses concerts, avec billets nominatifs (de 69 à 139 euros en France) afin d'éviter le marché noir, ultime geste de générosité démocratique.
Les managers d'artistes, en particulier anglo-saxons, imposent de plus en plus leurs stratégies. En avril, le groupe belge dEUS et la filiale bruxelloise d'Universal Music avaient imposé la signature d'un "protocole d'embargo" assorti d'une amende de 25 000 euros en cas de publication des articles avant la date de sortie de l'album Vantage Point. Les quotidiens Le Soir et De Morgen ont brisé l'accord au nom de la liberté de la presse.
Les relations entre la filière musicale et les médias se sont tendues, avec l'aggravation de la crise du disque en 2007 et 2008. Certaines majors, comme la prestigieuse britannique EMI, rachetée en 2007 par un fonds d'investissement américain, Terra Firma, ou encore Sony-BMG, produit d'une fusion réductrice d'effectifs, vivent plan social sur plan social. Les traditionnels services de presse fondent comme neige au soleil.
Dans ce contexte, les médias ne sont plus perçus comme des moyens d'information, mais comme des plates-formes de communication. Souvent, la "promo" commence très en amont : "face to face" proposés en "exclu" ou à la maison, visites dans les studios pour découvrir des bribes de "work in progress", fausses confidences. L'Internet modifie les pratiques. Des chargés de presse se déguisent en blogueurs pour créer la rumeur ; des groupes d'internautes jugés stratégiques (blogueuses branchées cuisine, jeunes addicts au people, sites de consommateurs) sont invités à découvrir des titres en avant-première, etc.


REFUS DE TOUTE PROMOTION

Naguère, les maisons de disques assuraient le développement des carrières d'artistes. Aujourd'hui, les caisses sont vides, la logique est brisée. Les artistes doivent réviser leur position. EMI vient de perdre les Rolling Stones au profit d'Universal Music. Warner a dû faire une croix sur Madonna, passée avec armes et bagages chez le géant de l'entertainment américain Live Nation, Bob Dylan s'est acoquiné avec la chaîne de bars Starbucks Coffee. Carla Bruni a joué sur tous les tableaux - la mode, la politique, les arts. L'accès à l'information s'en trouve biaisé.
L'histoire de la chanson mondiale retiendra sans aucun doute que l'été 2008 a aussi été celui du retour du chanteur canadien Leonard Cohen, absent des scènes mondiales depuis treize ans. L'auteur légendaire de Suzanne est un artiste attaché depuis 1966 à Columbia Records (Sony-BMG), où l'on croise encore Bob Dylan, Bruce Springsteen, mais aussi Francis Cabrel, Céline Dion ou Jean-Jacques Goldman - un allergique à la critique.
Cohen, 73 ans, des dizaines de millions de disques vendus dans le monde, a chanté, triomphalement, dans des festivals d'été. Pour fêter cet événement, pas un soupir chez Sony-BMG. Le catalogue Cohen est pourtant chez Columbia. Mais, malheureusement pour lui, Leonard Cohen n'a pas de disque en préparation pour le moment. Pourquoi une maison de disques irait-elle, alors que tout va mal, prêter main forte à des producteurs de spectacles aux affaires florissantes ?, a-t-on dû se dire chez Sony-BMG. Quant à Leonard Cohen, il avait refusé toute promotion, sans que cela nuise à son art ni ne gêne les journalistes, qui ont chaleureusement rendu compte de sa prestation.
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PostPosted: Thu 7 Aug - 17:36 (2008)    Post subject: Publicité

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Orphée
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PostPosted: Sat 9 Aug - 00:47 (2008)    Post subject: Le Monde - 07/08/08 Les chambardements dans la chanson Reply with quote

super article, je ne l'avais pas lu
juste.... je trouve qu'il est au niveau de la communication très juste, et éventuellement encore juste au niveau de l'engagement de "style" en production mais pas de la distribution, la distribution surtout : on a bien vu à travers Julien Doré et son album Erstaz comment structurée par les vecteurs (dans ce cas Sony BMG France) elle cherche des tubes à l'unité et leur porteur d'enseignes de la mobilité téléphonique, et pas des oeuvres -- donc un album serait quasi de la promo de vitrine, genre collection de haute couture pour préparer la vente du prêt à porter, et non plus lui-même l'objectif de la vente, sinon à vocation d'être prélevé par découpe en rondelles.... juste un gisement de pièces détachées....

Je caricature, mais pour dire que les stars créatives ne sont pas ce que recherchent les vecteurs qui parient sur le téléchargement à l'unité, aujourd'hui. Elles coûtent trop cher et les ambitions de leurs réalisations scrupuleuses et même les plus radicales, surtout.. alors, après leur avoir tout concédé on casse le sens global du résultat pour en faire des petits aux dépens de droits d'auteur et voisins des créateurs.
Le but est de tirer le maximum du droit voisin ditributeur/producteur (dans la mesure uù c'est le pré-achat qui paye les productions)... etc. Débat ouvert.
En somme, je trouve que l'article parle surtout d'une époque antérieure, immédiatement antérieure ; je crois qu'un artiste comme Julien Doré est un mutant déjà bien au-delà de tout ça et du jeu de Carla, ne serait-ce la façon dont il est exploité par son distributeur, très pionnière en France -- d'expérimentale à exemplaire, mais pas obligatoirement comme nous ou les artistes pourrions le souhaiter.. Même si Carla était l'ersatz de Françoise Hardy comme Julien dit l'être de Dutronc ou de Gainsbourg.... alors il ne s'agirait que de leur corps vivant comme porteur de communication, avec une couleur musicale qualifiant une quête adictive du public, pour l'attacher à l'artiste media. Dès lors il serait prêt pour vendre n'importe quoi -- même à son insu, par récupération de ses projets-- ? Pas sûr.... Mais justement là est la question : que vendent-ils en réalité et qui n'est pas conommable, singulier, indispensable à la consommation au-delà de ne pas en être ?

Si je suis obscure, c'est que je ne connais pas la réponse...
_._._.__._._._.__._.__._._._._._._____.
Ali No War http://www.myspace.com/alinowar
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