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L’HABIT NOIR DE LA MODERNITÉ - À YVES SAINT LAURENT

 
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Orphée
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PostPosted: Tue 10 Jun - 09:43 (2008)    Post subject: L’HABIT NOIR DE LA MODERNITÉ - À YVES SAINT LAURENT Reply with quote

Yves Saint Laurent a quitté la terre le 1er juin 2008


 

L’HABIT NOIR DE LA MODERNITÉ - À YVES SAINT LAURENT
POUR MARTINE BARRAT

http://www.myspace.com/martinebarratpicturegirl

Martine,
Voici comme promis le petit texte que j'avais fait pour informer des amis plus jeunes que moi dans un forum...
Vous me bouleversez... Je vous embrasse fort. Moi aussi je vous aime... Ali& (criticalsecret pour vous toujours)

_______


Dire que la mort de Yves Saint Laurent ne relève pas des colonnes mondaines pour initiés proches du pouvoir, même si, mais de la dernière époque du progrès et des innovations modernes, avec les avant-gardes de la mode, et tout ce qu'elles accumulèrent d'activité critique interférant avec la musique et le cinéma. Dans les années 60 et 70, dernières décennies des avant-gardes engagées dans l'histoire...
Ce sont les punks qui célèbrèrent la clôture par le manifeste explosif des anachronismes, où tous les référents sociaux et artistiques passèrent dans un cortège sans fin, comme une interminable mélancolie. No future.

Les américains attribuent à la fin des années 50 et au début des années 60 un gavroche, une grande dame contestataire, Christiane Bailly, mannequin chez Balenciaga. Elle aurait mis par terre la haute couture en inventant le look.
http://www.fashionmodeldirectory.com/designers/Christiane Bailly/
Elle fut sollicitée par le journal Elle -- alors féministe avant-gardiste -- pour transmettre sa façon de s'habiller personnelle en sortant de cabine ; on la considérait d'une liberté et d'une séduction exemplaires par des moyens inventifs sans rapport de prix avec l'effet produit, remarquable... Et d'épingle à nourrice en fil d'aiguille, elle inaugura une façon expérimentale destinée au prêt à porter "boutique", libérant les robes des carcans de doublures qui les préformaient et élevaient leurs prix, et redonna du corps des femmes aux robes qui les épousaient, dans une sensibilité totalement nouvelle du goût, le goût et le confort des femmes s'habillant pour elles-mêmes. Comme Chanel l'avait inauguré à la fin des années 10 et dans les années 20... Dans le cas nouveau, ce fut l'innovation d'un prêt à porter pré-industriel puis après la guerre d'Algérie l'essor industriel d'un prêt à porter peu coûteux, mais avec la même qualité stylistique que la haute couture, soudain en regard de la rue qui innovait, tandis que le design partout instruisait la première vague de la consommation, considérée comme un progrès social républicain par la plupart des théoriciens marxistes et des artistes engagés dans l'époque.

Grâce aux prosélythes français(e)s anglais(e)s et italienn(e)s de la première dame qui l'osa, suivit un mouvement général à l'origine d'une nouvelle économie "boutique" de la mode, avec l'adaptation des industries et des artisanats se convertissant en semi-industries, féministe, la mode faite par des femmes pour les femmes, et inversement pour les hommes faite par des hommes notamment en Angleterre ; puis, par contamination des plus nantis, en effet la haute couture tomba par terre. Ce fut "la révolution de la mode", totalement intriquée dans le mouvement de contestation global qui montait.

Un liberty de Mary Quant c'était la fraîche beauté et son énergie sans traitement "anti-froisse" mais toute la différence du prix, pour d'autres ce furent les jerseys et la maille des métiers du Piémont...
La haute couture française connut alors un break down complet, dans les années Pop, car les femmes les plus riches s'habillèrent par snobisme et engouement dans les vêtements à 4 sous qui alors étaient les plus amusants, les plus séduisants, les plus libres, les plus charmants et permettaient de poursuivre de les inventer en les portant d'une façon particulière, ou en les associiant de façon imprévue avec des accessoires personnels -- ou unisexes. Tous considéraient la haute couture comme toalement démodée.
C'était la crise : comment sauver la haute couture -- un trésor national de renommée internationale ?


Yves Saint Laurent était l'ancien styliste de Dior, lorsqu'au retour de son service militaire il fonda sa propre maison. C'est lui qui sauva la mise à partir de 1966, avec une idée géniale, qui resaisiit à la fois le le confort pratique des boutiques, le look mais par rupture avec l'anecdote décorative du stylisme (qui commençait à sombrer dans le folk et dans le kitch long ou mini), en créant un modèle manifeste dans sa collection de la haute couture, au radicalisme du noir et à la sobriété de la ligne minimale d'un vêtement de femme égal à l'aspect de celui d'un homme, et par cette réforme annonçant a collection de prêt à porter de luxe, pour la fabrication industrielle. Ce serait désormais beaucoup moins cher que la haute couture, mais d'un coût supérieur aux boutiques de prêt à porter publiées par les magazines. Et cela conviendrait à l'autonomie des femmes de décision redevenues soucieuses de se distinguer par le dépouillement, face à la rue profuse en bimblotterie.

La base de la réforme de la griffe à la marque, pour la fabrication industrielle de prestige, fut le fameux smoking coordonné noir, veste et pantalon et plus tard une jupe, de femme androgyne, de femme pour elles-mêmes. Ce smoking noir du jour et de la nuit, publié comme une version pratique et simplifiée des collections de haute couture (relancées pour l'art de la griffe supportant la marque), fera le tour du monde et sera copié par toutes les grandes griffes, toutes renaissant de leurs cendres de la même façon, avec la plus-value de leurs collections de prêt à porter substituant la marque à la griffe, leurs accessoires et leurs parfums..

Vingt ans plus tard c'était devenu l'uniforme des femmes exécutives dans toutes les "city" du monde. Puis la régression sociale et idéologique de la mode suivit la fin de la croyance dans le progrès révolutionnaire collectif.

Ce coup de génie critique du "smoking" noir coordonné de Saint Laurent, en pleine époque Pop, dès 1966, ce fut ensuite d'apparaître soudain, au-delà de la renaissance de la haute couture, le dernier retour du radicalisme moderne selon la pure tradition du Bauhaus, en pleine déconstruction post-moderne dans l'après 1968 post-révolutionnaire.

Et les hommes recommencèrent à battre leurs femmes, elles n'avaient qu'à rester en pantalons : la réversibilité de toute chose commença à en finir avec les objectifs historiques des avant-gardes qui avaient indissociablement lié le progrès social et le progrès technique... Alors que le design avait fondu dans le populo, de nouveau le "populo" fut remis à la porte sans design ; la population n'était déjà plus le peuple, simplement devenu consommateur, le consommateur sans qualité.

Mais bien davantage, ce fut l'habit noir prédictible de ce qui allait suivre pour son créateur, en deuil d'un mouvement perdu, et pour la société post-moderne, désespérée d'avoir manqué sa dernière sortie. Yves Saint Laurent, visionnaire au delà des vanités. Il est le dernier homme de l'engagement de modernité avant gardiste dans la mode représentative, on pourrait dire : historiquement en France.

Dans le mouvement de renaissance de la mode de luxe, un prêt à porter de marque internationale, concurrentiel, allait naître aux Etats-Unis.

Et la confusion de la lutte des classes, elle-même allant vers sa disparition au crédit des castes du pouvoir et des communautarismes, n'allait pas tarder à apparaître comme un terme de la plus-value continentale en nom propre de la grosse industrie, délocalisée en dispositif financier international.

Saint Laurent, sous le leadership de l'implacable homme d'affaire, à la fois son compagnon et son mentor, Bergé ; celui-ci l'aurait aussi aidé à se soigner de la toxicomanie à l'héroïne, dans laquelle il était tombé avec ses amis du Rock'n roll, les Rolling Stones et Marianne Faithful qui l'avait sans doute inspiré et que des années plus tard il évoquait toujours avec tendresse. Au point d'avoir dit lui-même de cette époque, dans un documentaire télévisé il y a une dizaine d'années, qu'à la fin il n'arrivait plus à produire, qu'il n'avait plus de motivation de vivre.

On ne peut pas dire, à l'avoir entendu l'évoquer, qu'il ait profité de son argent ; il a travaillé trop longtemps d'arrache-pied, trop malade par les médicaments consommés depuis sa désintoxication. Détruit de devoir travailler pour maintenir sa marque et les emplois y étant attachés, alors que sa sauvegarde personnelle lui demandait de cesser.. Saint Laurent a enrichi beaucoup de monde, ne s'en est pas trouvé pauvre mais certainement malheureux. Parce qu'en plus c'était je crois, un très chic type, très concerné par son temps et la société. Complètement ailleurs, hors de lui-même, comme un poète, génial et à la fois soumis par affection.

Je me contenterai de citer ce que dit Baudelaire de la peinture des personnages contemporains. Baudelaire se moque de ces peintres qui, trouvant trop laide la tenue des hommes du XIX ème siècle, ne voulaient représenter que des toges antiques. Mais la modernité de la peinture ne consistera pas pour lui à introduire les habits noirs dans un tableau. Le peintre moderne sera celui qui montrera cette sombre redingote comme « l'habit nécessaire de notre époque ». C'est celui qui saura faire voir, dans cette mode du jour, le rapport essentiel, permanent, obsédant que notre époque entretient avec la mort. « L'habit noir et la redingote ont non seulement leur beauté poétique, qui est l'expression de l'égalité universelle, mais encore leur poétique qui est l'expression de l'âme publique; une immense défilade de croque-morts, politiques, amoureux, bourgeois. Nous célébrons tous quelque enterrement [2] . » Pour désigner cette attitude de modernité, Baudelaire use parfois d'une litote qui est très significative, parce qu'elle se présente sous la forme d'un précepte : « Vous n'avez pas le droit de mépriser le présent. » Michel Foucault, Baudelaire et Kant - Qu'est-ce que les Lumières ?

Voir chez Baudelaire dans son oeuvre critique, notamment "Les salons", dans le salon de 1846 "De l'héroïsme de la vie moderne" :
http://baudelaire.litteratura.com/salon_1846.php?rub=oeuvre&srub=cri&id=459
On devrait toujours relire l'oeuvre critique de Baudelaire, qui continue à être une grille d'interprétation imparable, pour peu qu'on l'adapte aux changements, de nos jours.. Lui pour qui le moderne s'avance majestueusement en noir, toujours en deuil d'une révolution.
http://fr.wikisource.org/wiki/Salon_de_1846_(Curiosités_esthétiques
http://fr.wikisource.org/wiki/Le_Peintre_de_la_vie_moderne
Télécharger "Le peintre de la vie moderne" :
http://baudelaire.litteratura.com/?rub=oeuvre&srub=cri&id=29&s=…

Je n'ai pas connu personnellement Yves Saint Laurent, mais j'ai bien connu Christiane Bailly (qui l'a connu -- néanmoins mes propos ici n'engagent que moi), une femme non moins radicale, exceptionnelle, dont le départ au début du millénaire a laissé ses amis, de tous les âges, aujourd'hui encore désemparés.
Que ceux qui ont connu Yves Saint-Laurent parlent de lui avec leur coeur ailleurs que dans les salons présidentiels, dans les musées, ou dans les résidences hotelières...


Du fond du coeur, Merci Martine, pour votre témoignage photographique sur MySpace.

A.

http://www.criticalsecret.com/n6/index-html.html
_._._.__._._._.__._.__._._._._._._____.
Ali No War http://www.myspace.com/alinowar
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PostPosted: Tue 10 Jun - 09:43 (2008)    Post subject: Publicité

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Orphée
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Joined: 15 Dec 2007
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PostPosted: Tue 10 Jun - 10:10 (2008)    Post subject: Martine Barrat et Yves Saint Laurent : Reply with quote



Un petit film modèle, Jean Chalon (Nouvel Observateur ?)
 
Sur le film "Woman is Sweeter", Martine Barrat et Yves Saint Laurent

L'album des photographies de Martine Barrat sur Myspace
http://s238.photobucket.com/albums/ff187/alexathane/
 
 
 

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Ali No War http://www.myspace.com/alinowar
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