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Joseph Heinrich Beuys

 
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Orphée
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PostPosted: Mon 26 May - 17:01 (2008)    Post subject: Joseph Heinrich Beuys Reply with quote




"L'action Coyotte" (voir la photo plus haut et celle dessous) est la performance citée par Julien Doré dans une interview en juin 2007

http://www.mnartists.org/forums/showthread.php?t=275&page=2
L'action Coyote, I like America and America likes me, se déroule en 1974 pendant une exposition de Joseph Beuys à la galerie René Block de New York.

Beuys arrive de Düsseldorf à l'aéroport Kennedy où une ambulance le transporte, enroulé dans du feutre jusqu'à la galerie.

Le feutre est la matière utilisée par Beuys dans de nombreuses oeuvres. Le feutre et la graisse référent à son accident d'avion pendant la guerre en 1943, où Beuys est recueilli par des Tartares, son corps est enveloppé dans du feutre, et ses plaies pansées avec de la graisse .

Par son transport en ambulance vers l'Amérique, le lieu de l'antagonisme entre Nature et Technologie, Nature et Culture, Art et Science, Beuys signifie que l'homme aujourd'hui est un homme blessé.

Dans la galerie René Block, seul un bâton dépasse du rouleau de feutre dans lequel Beuys s'est enroulé.

Il cohabite pendant trois jours avec le coyote, qui s'habitue peu à peu à lui. L'action Coyote de Beuys signifie sa volonté de guérir cette blessure, de réduire l'antagonisme entre nature et culture.

" Coyote témoigne d'une métamorphose de l'idéologie en pensée libre, du langage en pratique, du monologue du pouvoir en dialogue des parties en présence, de la méfiance en communication et en coexistence créatrice " .





Ressources sonores musicales et vidéo de Joseph Beuys recensées et téléchargeables @ UBU.COM (intègre les ressources vidéo de UBUWEB) http://www.ubu.com/sound/beuys.html
Contre Reagan : Sonne statt Reagan littéralement "soleil au lieu de Reagan" sans compter avec le jeu de mot en français, (1982) -- l'acteur Ronald Reagan, du clan Sinatra et gouverneur de la Californie, vient d'être élu président des États-Unis (à la fin de 1981)... voici un ska reprenant la tournure joyeuse de la décadence de "Cabaret" de Bob Fosse (1972) dans une version contemporaine :
http://ubu.artmob.ca/sound/beuys_joseph/Beuys-Joseph_Sonne-Statt-Reagan.mp3
_._._.__._._._.__._.__._._._._._._____.
Ali No War http://www.myspace.com/alinowar
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PostPosted: Mon 26 May - 17:01 (2008)    Post subject: Publicité

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Orphée
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PostPosted: Fri 25 Jul - 19:01 (2008)    Post subject: J.P. Longavesne : "Joseph Beuys, Infiltration homogène pour un piano à queue" Reply with quote

http://membres.lycos.fr/analyses/beuys.htm

Joseph Beuys
"Infiltration homogène pour piano à queue"

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Table des matières



I. Introduction


II. Un courant : L'Art Conceptuel


1)........ Pour bien comprendre

2)........ La recherche


3)........ En fin de compte


III. Un artiste : Joseph Beuys.

1)........ Petite description du personnage

2)........ Sa philosophie

3)........ Sa création


IV. Une œuvre : "Infiltration homogène pour piano à queue"

1)........ Introduction

2)........ Sujet narratif

3)........ Sujet formel

4)........ Conclusion


V. Complément d'informations : "La peau" et "Plight"

1)........ La peau

2)........ Plight


VI. Conclusion


VII. Bibliographie


1)........ Livres et revues

2)........ Multimédia

3)........ Internet


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I. Introduction

Dessin BeuysJoseph Beuys est un mythe à lui tout seul. Il est sans doute un des hommes qui ont le plus révolutionné l'art contemporain, il était à lui tout seul une période de l'art contemporain. Beuys voulait concilier existence et esthétique avec un penchant prononcé pour l'existence, il s'opposait de façon virulente à la société et préconisait une nouvelle forme de vie qui lui était propre.

On le classait dans l'art conceptuel mais il a dépassé ce stade pour être inclassable. Il faisait bien sûr des œuvres conceptuelles car elles exprimaient une essence et le spectateur lui-même devait reconstruire l'œuvre. Mais en plus il réagissait de façon virulente face à la condition de l'homme.

Beuys a donc créé une nouvelle conception mais il a aussi réussi à considérablement influencer les masses grâce à son patriotisme et son "savoir parler", "Beuys c'est le prophète, le nouveau messie"[1].

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II. Un courant : L'Art Conceptuel

1) Pour bien comprendre

Pour comprendre ce qu'est l'art conceptuel, prenons tout d'abord une définition du mot concept : "Concept (du latin conceptus, participe passé du verbe concipere, «former en son sein, contenir»), représentation abstraite et générale d’une chose ou d’un fait. ".[2]

Il ne faut néanmoins pas faire d'amalgame et croire que le concept est simplement une idée et que l'art conceptuel ne fait qu'exprimer une idée, en effet : "Il faudrait éviter d’assimiler ce qui serait un art d’« idées » et ce que signifie exactement le mot « conceptuel ». On a trop souvent confondu l’art conceptuel avec un usage métaphorique du langage, l’artiste utilisant celui-ci à la place de l’image pour rapporter une anecdote, un sentiment, une opinion personnelle"[3]. L'art conceptuel n'essaie donc pas de nous donner une idée sur tel ou tel sujet grâce à une représentation ou une action quelconque, il s'agit d'aller à l'essence même des choses.

2) La recherche

Le but premier n'est pas l'œuvre d'art en elle-même mais la conceptualisation de celle-ci, ce que chacun y voit et ce qu'elle représente au sens le plus primitif. On retrouve ici un courant qui présente quelques similitudes avec le conceptuel : le primitivisme. Dans l'art conceptuel aussi il faut aller au plus profond de soi et retrouver l'essence même de toute création, la simplicité et la pureté des sentiments qui mènent à une œuvre singulière et expressive, tout comme dans le primitivisme l'artiste doit agir sans contraintes aucune et sans aucun préjugé.

L'art conceptuel va cependant encore plus loin que le primitivisme dans le sens où il propose une véritable analyse de l'art à travers chaque œuvre. Il essaie de comprendre la raison d'existence de l'art, le remet en question, "il ne désigne qu’une investigation du concept « art » en dehors de toute considération anecdotique ou expressive. L’objet (l’objet d’art) disparaît au profit de son analyse (qu’est-ce que l’art ?)."[4] Ce qui nous amène à deux considérations essentielles, l'art conceptuel étant une réaction au formalisme précédent de l'art, il apporte deux nouvelles notions : "celle de « l’œuvre comme heuristique » (la production artistique doit servir la connaissance de l’art) et celle selon laquelle cette œuvre n’est plus une finalité en soi."[5] Ce qui explique bien la recherche que l'art conceptuel veut mettre en place, il remet complètement en question le rôle de l'art en transcendant l'œuvre ou l'artiste lui même pour que tout le processus de réflexion se produise chez le spectateur. On assiste ici à ce que l'on pourrait prendre pour la fin du processus amorcé il y a déjà longtemps et donc nous avons bien étudié le cheminement : l'élision complète du sujet si ce n'est que ce n'est pas ici au profit du travail pictural comme dans d'autres courants tels que le fauvisme ou les Nabis, mais bien au profit de la réflexion sur l'existence même de l'œuvre. C'est en considérant tout ces éléments que certains ont considéré que l'art conceptuel était la fin de l'art, qu'il était le summum de modernité de l'art et qu'on ne pouvait aller plus loin. Mais il n'y a et il n'y aura jamais de fin à l'art car le cercle de la créativité est sans fin et tant qu'il existera des hommes, le processus artistique sera toujours renouvelé.

3) En fin de compte

L'art conceptuel est donc la meilleure façon de voir le réel, c'est une représentation "pure" et sans contrainte du réel qui peut parfois sembler incompréhensible car elle est trop fondamentaliste pour certains. Lorsque l'on regarde une œuvre conceptuelle, on voit une représentation de l'essence même d'un concept tel que le concept de l'art d'ailleurs, c'est dans ce type de représentation que l'art peut être le mieux compris : "L'art conceptuel présentant l'art sous la forme du concept est le thème par excellence de l'art puisqu'en portant l'art au concept, il le fait advenir à la forme qu'il est, dans la forme qu'il a"[6] L'œuvre en elle même contient une recherche fondamentaliste sur le concept de l'art, comme susmentionné, pour en dégager la fonction primitive : "L'art devient en quelque sorte une enquête systématique sur l'art lui-même, sa fonction, sa définition"[7]

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III. Un artiste : Joseph Beuys.

1) Petite description du personnage (information tirée de [8])

Photo Beuys"Beuys, Joseph (1921-1986), artiste et enseignant allemand, célèbre pour ses actions et ses prises de position politiques.

Né à Krefeld le 12 mai 1921, Joseph Beuys devint pilote de bombardier en 1940 ; pendant l'hiver de 1943, son avion s'écrasa en Crimée, où la population tartare lui sauva la vie en enveloppant son corps de graisse et de feutre, matériaux qui devaient réapparaître plus tard dans son œuvre. On sait aujourd'hui que cet épisode de guerre fut inventé par l'artiste afin de mieux concourir à sa mythologie personnelle. Après plusieurs missions de bombardement, il fut fait prisonnier de guerre en Grande-Bretagne de 1945 à 1946.

Beuys étudia la peinture et la sculpture à la Staatliche Kunstacademie de Düsseldorf entre 1947 et 1952. Dans la deuxième moitié des années 1950, il travailla comme ouvrier agricole et, en 1961, regagna Düsseldorf pour y devenir professeur de sculpture. Il fut renvoyé en 1972 pour avoir accordé son soutien à des étudiants contestataires mais retrouva son poste six ans plus tard. Les campagnes qu'il mena en faveur de la démocratie directe, de l'environnement, et d'autres causes socio-politiques le poussèrent, par exemple, à utiliser comme bureau un stand de la Documenta de Kassel en 1972 ; à se présenter en 1976, sans succès, au Parlement allemand, le Bundestag ; à planter un nombre considérable d'arbres à Düsseldorf pour soutenir le mouvement écologiste. Son projet artistique s'exprima de diverses façons : Coyote : I Like America and America Likes Me (1974), fut une "action" au cours de laquelle il vécut en compagnie d'un coyote dans une galerie new-yorkaise ; par des sculptures, comme The End of the 20th Century (1983), regroupant vingt et une pièces de basalte contenant des bouchons de graisse ; enfin, par des moyens plus traditionnels, comme de nombreux dessins et aquarelles. Il mourut à Düsseldorf le 23 janvier 1986."

2) Sa philosophie (Information tirée de [9] )

Avant d'être un peintre, un sculpteur ou un quelconque artiste, Beuys est avant tout un philosophe qui a une conception bien particulière de l'Homme dans ses rapports avec la société, et avec l'art. Il a d'ailleurs tenté de faire passer cette conception par le biais de la politique dans ses différents mouvements mais sans grand succès puisqu'il rejette le concept même de politique, comme nous allons le voir. La philosophie de Beuys se base sur deux formules : "chaque homme est un artiste" et "Art = capital". Au premier abord, ces formules peuvent sembler anodines mais elle contiennent en fait tout la conception que se fait Beuys de l'art et de l'homme.

Comme point de départ, il est important de souligner le fait que Beuys soit un nationaliste, non pas qu'il croie aveuglement en son pays mais bien en son peuple, les allemands, et à sa langue, l'allemand. Cela ressort très clairement dans "Discours sur mon pays", partie du livre "Par la présente, je n'appartiens plus à l'art" (voir note 1). En effet, Beuys y explique qu'il croit profondément en la résurrection du peuple allemand et ce grâce à la "Langue Allemande". C'est en faisant revivre leur langue que les allemands pourront se réapproprier leur territoire et retrouver leur dignité car, selon Beuys, le génie allemand et les possibilités allemandes sont très grandes. Grâce à tous ces éléments réunis, Beuys est convaincu que les concepts engendrés par langue allemande pourront guérir le "donné-déjà-là", c'est à dire le monde actuel et ce par une révolution sociale. C'est donc grâce à la prise de conscience de soi et à l'affirmation de soi que le peuple allemand va "ressusciter" et cette prise de conscience résulte bien sûr de la langue mais reçoit son élan par l'art, l'art qui offre des nouveaux concepts dans la pensée et la connaissance. Cependant, il ne s'agit pas de l'art traditionnel, mais bien de ce que Beuys appelle l'art social.

Pour comprendre ce concept d'art social qui, somme toute, engendre beaucoup de réflexions secondaires, il faut partir de l'Homme. En effet, il me semble que Beuys se rapproche énormément de l'Humanisme dans sa vision de l'Homme qui est pour lui la solution à tous les problèmes: "le monde est plein d'énigmes mais c'est l'Homme qui est la solution de ces énigmes."[10] C'est donc à partir de cette vision de l'Homme que l'art social prend vie car l'art social veut révolutionner la société entière ("le donné-déjà-là") et pour ce faire elle doit obligatoirement se baser sur l'Homme. De cette idée, découle un concept cher à Beuys et qui a été très mal compris à l'époque où il l'a énoncé mais qui est la structure fondamentale de sa réflexion : "Chaque homme est un artiste".

Lorsque Beuys dit "Chaque homme est un artiste", il n'entend pas artiste au sens restrictif du terme au domaine culturel mais bien à tous les domaines de l'activité de l'homme. Car, en fin de compte, qu'est ce qu'un artiste sinon un créateur. C'est exactement cela que Beuys exprime, tous les hommes sont capable de créativité, ainsi l'homme qui travaille en usine crée autant que celui qui vend des chaussures, chaque homme à un potentiel de créativité immense et c'est de cela que Beuys parle. Il faut maintenant associer le concept d'art social et "Chaque homme est un artiste", on comprend alors qu'en fait chaque homme est capable d'accomplir la métamorphose sociale que l'art social veut entreprendre puisque chacun est à même de créer, pour que cette métamorphose réussisse, chaque homme doit y participer et s'y investir. C'est grâce à ce concept que l'homme sera libre car la créativité, c'est l'autodétermination et donc la liberté qui permet de prendre conscience de soi et ainsi de s'affirmer pour changer le monde, "L'homme, être créatif par excellence, doit obligatoirement s'opposer au monde insupportable"[11] . Avec l'idée d'autodétermination, Beuys s'oppose aux systèmes en place, que ce soit le communisme ou la démocratie car selon lui la politique à échoué et c'est maintenant à l'art à tenter de créer un monde meilleur avec chaque homme libre.

Nous pouvons donc déduire un schéma qui est :

Homme => Créateur => Libre => Autodéterminé => Dieu >< Donné-déjà-là

Dans ce schéma, le concept de Dieu peut sembler étonnant mais il est à prendre au sens strict, c'est à dire un Dieu créateur. L'Homme sera en effet le créateur d'un nouvel organisme social par le biais de l'art qui offrira une nouvelle liberté. Voilà ce qu'est l'art social, un concept d'art élargit qui ne se limite pas à une fonction purement esthétique voire même de réflexion mais qui s'investit et se targue de changer profondément la société en agissant activement.

Maintenant que le principe d'art social de Beuys est défini, il ne nous reste plus qu'à définir sa formule "Art = Capital". Pour ce faire, il faut continuer la réflexion sur l'autodétermination de l'homme. En effet, qui dit autodétermination, dit autogerement. Ainsi, si l'homme est capable de se gérer, il n'a plus besoin de la politique. Mais qu'est ce qui fait que l'homme peux se gérer seul? Il s'agit tout simplement de sa créativité, on en revient à la phrase "Chaque homme est un artiste", chaque homme est capable de créer ou de transformer et ainsi de s'autogérer. Si l'on tient compte du fait que créer ou transformer est de l'art, l'art a un certain potentiel puisqu'il permet la création de tout ce qui est nécessaire à l'homme, Beuys dit que l'art est égal à un capital et par capital il entend "les capacités et les produits des capacités". Il faut cependant faire attention à ne pas considérer le capital de Beuys comme de l'argent car l'artiste croit fermement que l'argent a pourri la société en prenant trop d'importance. Il veut que son concept "art = capital" soit pris comme une vraie valeur économique, comme un levier économique qui réussira là où la politique, l'économie et les autres ont échoué : modifier la société vers un mieux. Pour ce faire, il faut absolument diminuer l'importance accordée à l'argent car, comme le dit Beuys : "On oublie le mieux-être de l'être humain et on lui substitue le profit."[12]. Cela prouve bien que la société est en crise et que l'économie est mauvaise puisqu'on fait croire à l'homme que l'économie est bonne alors que 2/3 des humains meurent de faim.

Creativity = CapitalAinsi, selon Beuys, il faut sauver l'âme humaine en lui apportant des valeurs spirituelles et non de l'argent. Car c'est en apportant ces valeurs que l'on pourra libérer l'esprit de l'homme et lui permettre de créer et ainsi obtenir un "capital", "L'homme n'atteint ce niveau que lorsqu'il parvient à se détacher de la collectivité (...) Cet état de liberté spirituelle crée les conditions favorable au développement d'une pensée créatrice axée sur la productivité"[13]. La chose la plus importante aux yeux de Beuys est donc de libérer totalement l'enseignement pour laisser une totale liberté intellectuelle aux jeunes et leur permettre de s'épanouir pleinement, ce qui n'est pas le cas dans les enseignements du bolchevisme ou même de l'Etat qui ont montré leur incapacité. Il dit même que "Il n'y a pas de culture libre, il n'y a pas de science libre. Tout est toujours manipulé. C'est une situation qui s'aggrave de jour en jour"[14]. Beuys ajoute enfin que la cause des 2 guerres mondiales est précisément ce manque de liberté idéologique et intellectuelle. Il appelle même cela "une mise en esclavage de l'esprit par l'Etat et l'économie capitaliste"[15], car aucune place n'est laissée à la liberté humaine, à la créativité, à l'art libre. Le constat final de Beuys sur la société est pessimiste puisqu'il prévoit une troisième guerre mondiale pour les mêmes raisons que les deux précédentes, c'est à dire "si nous ne prenons pas un nouveau départ vers la science de la liberté, où règne le "Chaque homme est un artiste", où chacun est soi même, et où l'on insiste sur le souverain qui se trouve en tout homme"[16].

La philosophie prônée par Beuys est donc une sorte de cri d'alerte à l'homme qui doit se réveiller et prendre conscience de sa condition afin d'accomplir la métamorphose sociale nécessaire. Ce cri d'alarme social va se retrouver dans ses différentes œuvres sous des formes très diverses, que ce soit en choquant, en poussant à la réflexion, par le biais des actions, ... La philosophie de Beuys est inséparable de son œuvre et quoi que l'on observe chez lui, ses conceptions universelles surgissent.

3) Sa création

Joseph Beuys est le premier artiste allemand qui est devenu célèbre dans le monde entier après la guerre. Cette célébrité, il la doit à une conception de l'art fondamentalement nouvelle qui se matérialise dans des œuvres singulières qui poussent le spectateur à la réflexion car elles choquent, intriguent, interpellent et font appel au sensible. De plus, il est "l'artiste qui a possédé le sens le plus aigu des changements dramatiques s'opérant dans le monde"[17] et il arrivait à "remuer le couteau dans la plaie d'un monde qui semblait devenir de plus en plus inaccessible et se ramifier en une multitude de systèmes de réglementations éloignés d'une réalité tangible"[18], ce qui prouve bien son désaccord face à la société en place et son envie de bouleversement par l'art social, comme expliqué plus haut.

Toute l'œuvre de Beuys s'articule autour d'un thème qui est l'homme en rupture avec la réalité qui l'entoure, Beuys analyse l'homme et sa destinée. Il se rend bien compte que l'homme court à sa perte s'il ne réagit pas et c'est justement en portant un regard cru sur la réalité qu'il espère le faire réagir, il s'oppose à la vision banale de la réalité. Si ses œuvres n'ont pas l'air réalistes au premier abord, c'est justement pour forcer la réflexion car il pose des questions très élémentaires qui ont été refoulées ou oubliées par la société, c'est ainsi qu'il met en rapport l'art et la vie, l'homme et la technique, ... Il est certain que pour avoir été aussi franc et au vu de sa personnalité, Beuys entraînait des réactions tranchées, soit le rejet total soit l'enthousiasme sans bornes. Il a même souvent été attaqué et diffamé à cause de l'effet provoquant que produisaient ses œuvres. Cela tient non seulement à la vision universaliste qu'avait Beuys du monde, au principe d'ouverture de l'art qui ne se quantifie ou ne se qualifie dans aucunes catégories mais qui fait partie de toutes celles-ci et utilise tous les moyens nécessaires. A son esprit ouvert qui s'oppose à une société hédoniste croyant pouvoir obtenir tout directement et sans concessions ou changements ultérieurs. Et enfin il était critiqué à cause de l'emploi de matériaux très rudimentaires.

Pour la réalisation de ses œuvres, Beuys utilisait des matériaux parmi les plus simples et frustres tels que la graisse, le feutre et le cuivre. Grâce à ces matériaux, Beuys veut appliquer une réalité plus concrète, de plus "il contribue à donner une nouvelle dignité à tout ce qui ne servait plus en y retrouvant une nouvelle finalité. C'est témoigner haut et fort contre une société qui se targue de tout jeter"[19]. Il marque là à nouveau son désaccord face au "Donné-déjà-là". De plus, Beuys attribuait à ses matériaux toute une symbolique révélant une double stratégie, ainsi "la graisse n'est pas seulement graisse, elle possède un potentiel énergétique, sensible dans la transformation des états sous l'effet de la chaleur. Le feutre n'est pas seulement une étoffe naturelle obtenue en agglutinant du poil, mais un isolant. Le cuivre n'est pas seulement un conducteur d'électricité, mais aussi de chaleur"[20]. Pour bien comprendre la symbolique attribuée aux matériaux, il faut saisir le principe d'énergie mit en place par Beuys. En effet, pour lui l'énergie apparaît comme un potentiel, une possibilité de création. "La forme d'énergie la plus importante est la chaleur, non au sens physique, mais au sens de chaleur humaine, d'amour"[21]. Cette conception s'accorde à nouveau avec le rejet par Beuys de la société et du capitalisme qui veut tout mesurer et ne privilégie que l'argent, pour mettre en place des valeurs spirituelles. Ainsi, "Beuys identifie le chaos à la chaleur et à la force de l'évolution, tout en associant la forme au froid et à la rigueur intellectuelle."[22]. Cette symbolique est la base de sa "Théorie des plastiques" ("Theorie der Plastik") dans laquelle il dit "Denken is Plastik".

Suivant ce principe, le seul et unique but de l'artiste est de faire penser le spectateur, sans plus. En effet, lorsque Beuys dit "Denken is Plastik", il pense au cerveau qui subit des modifications physiologiques dès qu'il est en action, dès qu'une pensée est en gestation. Ainsi, si l'artiste arrive à faire penser le spectateur, son but est atteint et se matérialise par la sculpture par le spectateur de son propre cerveau, de sa propre personnalité. Dans ce cadre, cette théorie rejoint tout à fait la phrase de Beuys "Chaque homme est un artiste" puisque chaque homme se crée une personnalité, un mental qui vont l'aider à créer encore d'autres choses par la suite.

Pour faciliter ce déclenchement de la pensée, Beuys a crée un art de perception qui sollicite tous les sens du spectateur parmi lesquels le regard bien sûr mais aussi et surtout le toucher, l'ouïe, l'impression de chaleur et toutes sortes de sensations confuses. On comprend mieux alors l'utilisation des matériaux par Beuys qui permettent au spectateur de ressentir l'œuvre, que se soit la chaleur dégagée par la graisse, l'étouffement du feutre qu'ils peuvent toucher, … Beuys a même poussé les choses en faisant des "actions", des œuvres d'art éphémères et vivantes, dans lesquelles il "jouait" et mettait en avant de manière beaucoup plus expressive qu'un tableau tous les thèmes qui lui sont chers.

Ainsi, grâce à tous les moyens et pratiques nouveaux qu'il met en place, Beuys essaye de réconcilier l'homme avec son environnement par le biais de sa créativité. Beuys provoque la communication pour que l'homme brise son cocon et se mette à penser, à réagir et ainsi se remette à créer, ce dont la société moderne le prive. Aussi, lorsque Beuys met en place des œuvres massives avec une grande présence physique censée contenir une grande quantité d'énergie retenue par cette forme puissante, c'est pour réconcilier l'homme avec son corps. L'homme doit se rendre compte de l'énergie, de potentiel qu'il possède en lui et qui est entravé par la société moderne ou sa vision de celle-ci, il doit donc tout faire pour changer cela.

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V. Une œuvre : "Infiltration homogène pour piano à queue"
Source http://elsrgarcia.blogspot.com/2007/10/don-ramn-de-viernes-iii.html

BEUYS (J.), Infiltration homogène pour piano à queue, 100 x 152 x 240 cm, Musée national d'Art moderne, centre Georges Pompidou, Paris, 1966

Infiltration homogène pour piano à queue

1) Introduction

Comme expliqué plus haut, les œuvres de Beuys et essentiellement celles des années 60 tentent de montrer l'impasse dans laquelle l'individu se trouve et l'intérêt qu'il a à changer sa manière de penser, de voir les choses. Cette "sculpture" s'intègre parfaitement dans cette tendance puisqu'à sa manière elle montre les capacités monstrueuses dont dispose l'homme mais qui sont malheureusement retenues par la société qui étouffe l'homme. Une fois de plus, Beuys montre l'urgence de la situation et va réussir à interpeller le public avec une œuvre magistrale qui, à nouveau, fait appel aux sens et met en œuvre sa "théorie des plastiques".

2) Sujet narratif

Au premier abord, si l'on regarde l'œuvre sans se soucier de la philosophie de Beuys, on ne voit qu'un piano recouvert d'une toile de feutre et flanqué d'une croix rouge sur le côté. Du moins on suppose qu'il s'agit d'un piano car rien ne nous en donne la certitude. Dès ce premier stade Beuys réussit déjà à nous faire penser puisqu'on assimile cette énorme masse recouverte à un piano. Dès lors on ne peut que se demander pourquoi ce piano est ainsi recouvert d'une toile de feutre. On comprend ainsi déjà mieux la théorie de Beuys "Denken is plastik" puisque c'est nous, les spectateurs qui allons modeler l'œuvre selon nos conceptions.

Lorsque nous poursuivons notre pensée, on se rend compte que Beuys met en place un paradoxe dans le sens du piano puisque celui-ci est censé émettre des sons mais le feutre qui le recouvre l'en empêche et empêche quiconque de toucher au clavier pour en jouer. Le piano semble avoir totalement perdu sa fonction musicale par la faute de son enveloppe. Une fois de plus on ne peut s'imaginer cette fonction musicale que par notre pensée, nous créons sa fonction musicale hypothétique.

Ensuite, on ne peut s'empêcher de se demander ce que représente cette grosse croix rouge sur le flanc du piano. Notre pensée nous intime de penser qu'il s'agit là d'un signal fort, tel un signal d'alarme. Le rapprochement avec la croix rouge des ambulances est inévitable et nous confirme l'idée selon laquelle Beuys met ici en place un élément qui a pour but d'attirer notre attention sur un danger. Mais lequel? C'est encore et toujours notre pensée qui doit sculpter l'œuvre. Il s'agit sans doute du danger d'étouffement du piano.

Enfin, le dernier élément que l'on peut observer sans se préoccuper de la technique ou de la philosophie est le vide dans lequel se trouve ce piano. Il n'est accompagné d'aucun élément de décors, d'aucune décoration, d'aucun agrément esthétique. On est alors forcément à nouveau tenté par la création d'une explication, on fait de nouveau agir notre cerveau. Si ce piano est dans un vide désertique c'est sans doute parce que Beuys a voulu montrer que le piano était seul face au danger décrit par la croix et que rien ne pouvait l'aider.

Ainsi dès ce premier pas qu'est l'explication narrative de l'œuvre, Beuys a déjà atteint son but puisque nous avons créé par nous même une explication narrative car rien n'est clairement défini comme dans un tableau où figure une nature morte où l'on sait pertinemment bien ce qui est peint. En effet, ici on peut se douter de ce qui est représenté mais il nous faut y donner un sens car il n'y en a aucun au premier abord. En résumé, cette sculpture met en place un piano seul face au danger qui est représenté par le feutre et qui est l'insonorité, ce qui lui enlève sa raison d'être.

3) Sujet formel

Pour se lancer dans le sujet formel, il vaut mieux commencer par l'explication des caractéristiques des matériaux utilisés par Beuys. Le feutre tout d'abord est vu par Beuys comme un isolant, il empêche la sortie et la rentrée de tout élément. Cet élément peut très bien être du sons mais aussi, comme on le verra un peu plus loin, de l'énergie qui pour Beuys est surtout la chaleur humaine : . "La forme d'énergie la plus importante est la chaleur, non au sens physique, mais au sens de chaleur humaine, d'amour"[23].

Ainsi le piano qui est censé être un objet de concert évoquant la légèreté et la virtuosité se voit transformé une masse grossière et primitive par cette couverture de feutre. Le fait que cette couverture soit grise comme tout le fond accentue le manque de vie que cela provoque. Le feutre empêche toute forme de vie de rentrer ou de sortir, il absorbe tout en bon isolant qu'il est et crée une atmosphère de désolation accentué par la statique du piano qui semble figé dans le temps à jamais. La seule touche qui semble donner un peu de vie est la croix d'un rouge vif, couleur d'alarme. Elle semble vouloir créer un choc dans la sculpture non seulement par sa couleur mais aussi par sa forme qui est réellement un signe médical et par sa position qui est à même le piano.

Pour ce qui est de la forme, le piano, sous sa couche de feutre, prend des allures étrangement animales. En effet, sous cette enveloppe, il ressemble à un gros pachyderme coincé et condamné à rester figé et seul. Avec cette comparaison, on rentre dans le sujet beaucoup plus en profondeur puisque si l'on suit la philosophie de Beuys, il veut effectivement représenter l'état d'urgence dans lequel l'homme (qui n'est qu'un animal doté de la créativité) se trouve. Si l'on assimile la forme sous le feutre à un animal, tout le développement précédent peut s'expliquer de manière plus concrète, on peut ainsi s'imaginer un animal paralysé par une enveloppe isolante qui l'empêche de comprendre ce qui se passe au dehors et de recevoir quelque information que ce soit. On peut ensuite remarquer que "la sonorité potentielle du piano coïncide avec la vitalité de l'animal"[24], ainsi l'animal qui est à l'intérieur, qui n'est autre que l'homme, possède un potentiel qui est étouffé par cette couverture isolante. Si l'on considère ce feutre comme la société, on peut alors comparer ceci avec la philosophie pure de Beuys qui croit que "Chaque homme est artiste", autrement dit que chaque homme possède un potentiel qui crée un capital mais que tout cela est étouffé par une société qui opprime l'homme et ne lui accorde pas sa liberté fondamentale de créativité.

L'enchaînement provoqué par ce développement nous permet alors de comprendre pourquoi ce piano est seul dans un monde gris et désertique. Cela représente la situation de l'homme, si on lui retire sa créativité et qu'on l'étouffe, il ne pourra plus communiquer avec les autres et ne pourra créer un monde meilleur par la force de son esprit, d'où sa solitude et sa désolation. On comprend alors ensuite le sens de la croix rouge qui bien évidemment accentue la mise en garde de Beuys et montre bien qu'il considère cette situation comme extrêmement grave. Si l'homme ne déchire pas la toile isolante, il risque bien de devenir, comme le piano, une masse grossière ayant perdu toute son énergie et n'étant plus capable de produire quoi que se soit. Ce serait sa mort.

4) Conclusion

On voit donc que cette œuvre est typique à Beuys puisqu'il met en place ses conceptions philosophiques comme dans tout ce qu'il fait et qu'il utilise ses matériaux favoris qui produisent énormément de sens vu leurs caractéristique propres. Enfin cette sculpture s'associe irrémédiablement à Beuys car c'est une œuvre de sensations, les visiteurs peuvent toucher le feutre du piano, ce qui leur donne un sens du toucher mais aussi de l'odorat (odeur du feutre) en plus de la vision alors que le sens de l'ouïe est suggéré par le potentiel musical du piano. Beuys accorde donc une grande importance aux outils de l'homme qui offrent à celui-ci son potentiel de création, ces outils sont les sens. Une fois de plus cela rejoint sa philosophie. Beuys réussit donc à atteindre une unité, on a pu voir l'unité entre le sujet formel et le sujet narratif mais l'unité se trouve surtout entre la philosophie et la création car c'est toujours la pensée qui agit : "Denken is plastik".

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V. Complément d'informations : "La peau" et "Plight"

1) La peau

BEUYS (J.), La peau, 100 x 152 x 240 cm, Musée national d'Art moderne, centre Georges Pompidou, Paris, 1985

La peau

"La peau" est un exemple concret de la connaissance qu'a Beuys de ses matériaux et de la créativité dont il est capable. En effet, lorsqu'il a placé "Infiltration homogène pour piano à queue", il savait très bien que le feutre allait s'user à force d'être touché par les gens qui s'efforçaient de jouer au piano.

Ainsi, lorsque Beuys revint à Paris en 1985 pour l'installation de Plight (voir ci-après) il remplaça la couverture de feutre du piano fort usagée par une nouvelle. Une fois ceci fait, il décida de l'accrocher non loin à la manière d'une dépouille à forme humaine. Une fois de plus cette nouvelle œuvre sollicite le toucher et aussi le potentiel du toucher puisque la peau est l'organe même du toucher.

Cela vient donner une postérité inattendue à "Infiltration homogène pour piano à queue" et enrichit d'autant plus la diversité des interprétations de cette œuvre. Dans l'interprétation qui nous occupe cette peau pourrait représenter la société qui cède sous les assauts répétés des hommes libres. Celle-ci a évidemment forme humaine puisque la société est composée d'hommes et ce sont eux qui veulent empêcher d'autres d'obtenir leur liberté. Malheureusement, le combat de l'homme pour sa liberté n'est pas fini puisqu'une autre couche de feutre à remplacé l'ancienne. Beuys à sans doute considéré que son œuvre était toujours d'actualité en 1985 et que l'homme n'était toujours pas libre.

2) Plight

BEUYS (J.), Plight, Musée national d'Art moderne, centre Georges Pompidou, Paris, 1985

PlightCette œuvre est en quelque sorte un approfondissement de celle réalisée en 1966, "Infiltration homogène pour piano à queue". Beuys a en effet repris les mêmes éléments, à savoir le piano et le feutre auquel ont été rajoutés un thermomètre médical. La différence d'avec "Infiltration homogène pour piano à queue", réside dans le fait qu'ici le spectateur n'est pas extérieur à l'œuvre et donc au problème de l'homme mais y pénètre. Il est alors entre le piano et le feutre, entre l'homme et la société oppressante, il est neutre mais peut ressentir tous les sentiments et toutes les sensations dégagées. Le piano (l'homme) semble à nouveau seul, renfermé et silencieux au milieux de ces immenses rouleaux de feutre qui semblent vouloir l'écraser jusqu'à l'asphyxie (la société), à nouveau l'homme n'a aucune liberté et ne reçoit aucune énergie venant de l'extérieur, aucune chaleur.

Le spectateur peut se rendre compte de manière beaucoup plus intime et physique de ce qui se passe car lorsqu'il entre dans la pièce de Plight, il y entre physiquement, d'une manière autrement plus résolue qu'il ne pourrait le faire par la seule force de l'imagination. Ainsi, son corps produit de la chaleur, il déplace de l'air, il émet des sons qui sont absorbés par le feutre, … Le thermomètre médical est le seul objet qui est capable de réagir aux transformations du lieu, le fait qu'il soit médical n'est sans doute pas un hasard et semble montrer qu'il prend la place de la croix pour indiquer le danger et montre même les variations de la société et donc les variations du danger.

Puisque l'homme se retrouve à l'intérieur de l'œuvre, il éprouve bien sûr plus de sensations et plus fortement. Bien que cette œuvre soit une des plus sobres de Beuys, elle est celle qui semble être la plus sensible, la combinaison de tous les éléments de sensations semble pouvoir amener le spectateur vers sa créativité en exploitant tout ses sens. Ainsi l'ouïe (le piano suggère à nouveau une fonction musicale, les pieds claquent sur le parquet), l'odorat (l'odeur du feutre), la vue (exploitée plus fortement avec un espace plus calfeutré et un plafond plus bas), le toucher (le feutre rugueux s'oppose au piano lisse et brillant) et même le goût (sensibilisé par la dessiccation du feutre, l'élimination de son humidité) semble s'associer pour créer un nouveau sens qui est la créativité. Une fois de plus et une des dernières puisqu'il mourut quelques mois après Plight, Beuys veut sensibiliser l'homme à sa situation de rupture avec la nature, au danger qui pèse sur lui s'il ne se libère pas et aux moyens qui sont à sa dispositions pour arriver à retrouver sa créativité.

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VI. Conclusion

Photo Beuys ActionJoseph Beuys a donc considérablement modifié la conception de l'art aux yeux de tous puisqu'il y a introduit une notion sociale inédite. Il a créé le concept tout à fait nouveau de l'art social qui a été dur à accepter en son temps et qui ne fait toujours pas l'unanimité. Il a néanmoins le mérite de s'être dressé seul contre tous avec des idées qui ne plaisaient pas mais qu'il a quand même soutenues et poussées jusqu'au bout de leur développement. De plus il a réussi à garder une grande cohérence dans toute son œuvre si bien que quiconque comprend sa philosophie peut comprendre toutes ses créations et retracer un fil conducteur entre elles.

On peut donc dire que Beuys est une figure mythique de l'art du 20e siècle et que ses conceptions, bien qu'elles en ont ébranlé plus d'un, font maintenant partie intégrante de l'art contemporain. Beuys, tout comme d'autres avant lui, était un avant-gardiste, un précurseur et, tout comme d'autres avant lui, il aura fait couler beaucoup d'encre au cours de sa vie pour être véritablement reconnu après sa mort.

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VII.Bibliographie

1) Livres et revues

· ATKINS (R.), Petit lexique de l'art contemporain, Editions Abbeville, France, 1992

· BEUYS (J.), Par la présente, je n'appartiens plus à l'art, Arche, s.l., 1997

· BEYLER (J.N.) et collaborateurs, Magazine Beaux Arts, n°125, Paris, 1994, p70 à 76

· BEYLER (J.N.) et collaborateurs, Magazine Beaux Arts, n°97, Paris, 1992, p63

· FERRIER (J-L.) et LE PICHON (Y.), L'aventure de l'art au 20e siècle, Editions du Chêne, France, 1998

· HONNEF (K.), L'art contemporain, 1990

· TIEGHEM (J.P.), Joseph Beuys, Galerie Isy Brachot, Berlin, 1989

· VAN DAMME (C.), Joseph Beuys, Europalia, Gand, 1977


2) Multimédia

· Encyclopedia Universalis CD-ROM, Universalis France SA, France, 1995

· Encyclopédie Microsoft® Encarta® 99, © Microsoft Corporation., s.l, 1993-1998
3) Internet

· LONGAVESNE (J.P.), Joseph Beuys, www.ensad.fr/perso/profs/longavesne/ours/B4.html

· www.walkerart.org/beuys

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[1] VAN DAMME (C.), Joseph Beuys, Europalia, Gand, 1977, p47

[2] Encyclopédie Microsoft® Encarta® 99, © Microsoft Corporation., s.l, 1993-1998

[3] MILLET (C.), Encyclopedia Universalis CD-ROM, Universalis France SA, France, 1995

[4] ibidem

[5] MILLET (C.), Encyclopedia Universalis CD-ROM, Universalis France SA, France, 1995

[6] DENIZOT (R.), Art minimal et conceptuel, skyra, France, 1971, p66

[7] MOLLET-VIEVILLE (G.), Art minimal et conceptuel, skyra, France, 1971, couverture arrière

[8] Encyclopédie Microsoft® Encarta® 99, © Microsoft Corporation., s.l, 1993-1998

[9] BEUYS (J.), Par la présente, je n'appartiens plus à l'art, Arche, s.l., 1997, p18 à 43

[10] BEUYS (J.), op. cit., p31

[11] VAN DAMME (C.), Joseph Beuys, Europalia, Gand, 1977, p43

[12] BEUYS (J.), op. cit., p35

[13] VAN DAMME (C.), op. cit., p44

[14] TIEGHEM (J-P.), Joseph Beuys, Galerie Isy Brachot, Bonn, 1989, p10

[15] BEUYS (J.), op. cit., p43

[16] ibidem

[17] HONNEF (K.), L'art contemporain, 1990, p41

[18] ibidem

[19] ibidem, p42

[20] RUDOLPH (K.), Beaux arts magazine, n°125, Paris, 1994, p72

[21] ibidem, p74

[22] RUDOLPH (K.), op. cit., p74

[23] RUDOLPH (K.), op. cit. , p74

[24] LONGAVESNE (J.P.), Joseph Beuys, www.ensad.fr/perso/profs/longavesne/ours/B4.html
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PostPosted: Fri 25 Jul - 19:23 (2008)    Post subject: Plight : Le piano lisse (par opposition au piano recouvert de feutre à la croix rouge) Reply with quote

d'après
http://perso.ensad.fr/~longa/cours/B4.html
(NdF : ajout des vidéos)

Plight 1985 - Installation : feutre 43 éléments, piano a queue - tableau noir, thermometre 310x890x1813



Joseph Beuys
"Je travaille comme sculpteur, mais dans un autre matériau."
*d'après " Parcours " - Editions du centre Pompidou, Paris 1992

Sur près de quarante années, Joseph Beuys a fait évoluer le concept de sculpture et, par voie de conséquence, celui de l'art moderne au-delà de ses limites connues. Son oeuvre, qui s'étend très au-delà de la sculpture et du dessin au sens conventionnel, associe tous les stades de la perception. Le regard optique bien-sûr, mais aussi l'usage des autres sens comme le toucher, I'ouie, I'impression de chaleur, toutes ces sensations confuses que Beuys estimait être au moins vingt-cinq. Elle les sollicite d'une manière muette, par une suggestion des formes et des matériaux employés. A partir du début des années soixante, elle s'est consciemment constituée pour permettre au spectateur de faire appel à des registres peu sollicités par un art de conception traditionnelle. Cette extension de nos possibilités sensorielles - Beuys emploie le mot "d'élargissement " - lui a sans doute valu de son vivant une attention crispée et de nombreux procès d'intention. S'agit-il d'un art chamanique, d'une forme primitive d'évocation de l'invisible, d'un art cérémonial ? Ce serait considérer superficiellement ce que fut sa "contribution à l'histoire de l'art" qui s'appuie dès le départ sur une profonde connaissance de l'art européen.

Né à Krefeld en 1921, Joseph Beuys est l'enfant unique d'une famille de négociants catholiques. Il vit son adolescence sous le régime hitlérien et il entreprend des études de médecine avant d'être incorporé dans l'armée de l'air sur le front russe. Ses souvenirs d'enfance et de guerre seront parfois évoqués dans ses oeuvres. C'est durant cette période fondamentale de sa formation que découvrant par hasard l'oeuvre du sculpteur Wilhelm Lehmbruck (1)", il détermine sa vocation et l'orientation de sa carrière. Comme sous l'effet d'une révélation, il réalise que tout un domaine d'expression par la sculpture n'avait été qu'à peine abordé. En 1949, il entre dans la classe du sculpteur Ewald Mataré. Ses premières grandes oeuvres sculptées sont d'inspiration religieuse. Tout en s'intéressant à la chimie, à la géologie et à la biologie animale, il entreprend une longue série de dessins et d'aquarelles (des paysages, des figures féminines et certains animaux (2)". Ces dessins lui permettent progressivement d'affermir ses conceptions sur l'art et sur l'homme. Ils sont alors le laboratoire d'une pensée qui se veut "platique" et susceptible de rendre visibles(3)" les énergies contenues et produites par l'homme et la nature. Les dessins comme les gravures de cette époque sont d'une précarité matérielle déroutante. Ce n'est pas seulement ce qui est représenté qui importe, mais les matériaux dont il se sert pour le représenter. Un dessin au crayon semble faire état de la mine de carbone avec laquelle Beuys a dessiné, ainsi que du papier qui lui sert de support. Il n'hésite pas à utiliser des éléments naturels comme des feuilles végétales qu'il intègre au dessin ou des taches de graisse et de cire. Tous traduisent cette extrême attention portée au choix des éléments qu'il utilise et de la place qu'il leur attribue. En combinant les sujets et les matériaux,il dégage progressivement toute une hiérarchie de symboles. De 1946 à la fin des années cinquante, Il dessine des paysages, des animaux, et des figures emblematiques. Qu'elle soit représentée sous la forme d'un objet (une amphore), d'un animal (une biche) ou sous sa forme humaine, I'image de la femme est très présente. Ses membres sont élancés et ses hanches sont larges. Ces dessins et ses aquarelles constituent une sorte d'hymne érotique aux forces contradictoires du corps humain. Durant la difficile période de l'après-guerre, il définit un registre ample et personnel qui ne s'apparente à aucun mouvement artistique de l'époque.

Dans une solitude presque totale, Beuys invente une conception de l'art où se mêlent le monde animal, végétal, minéral et humain. En ne s'intéressant pas seulement à la perception de l'homme par l'homme mais à celle que l'homme a pu conserver de son environnement naturel, il cherche à raviver une sensibilité perdue(4)". Après une grave crise nerveuse, il se repose à la campagne de 1955 à 1957 chez ses amis et collectionneurs les frères van der Grinten. Il y peint de nombreuses aquarelles qui anticipent ses prochaines sculptures. A la suite de sa nomination en 1961 à l'Académie des Beaux-arts de Dusseldorf, il participe au mouvement Fluxus et entreprend de nombreuses actions dont Le silence de Marcel Duchamp est surestimé par laquelle il affirme que "chaque homme est un artiste" et se permet de juger insuffisante l'exploitation que Duchamp a faite du ready-made. Par ses" actions ", il entend d'abord expliciter un propos induit dans ses sculptures. Il utilise des matériaux élémentaires dont principalement la graisse(5)", le feutre et le cuivre et dégage un concept qui deviendra essentiel, celui de la "sculpture sociale". C'est une forme de la sculpture telle qu'elle peut surgir spontanément entre une personne et un objet, ou entre deux ou plusieurs personnes. Par simple volonté de communiquer pour surmonter la distance et briser le silence, la pensée, idée des gestes et de la parole, modèle une forme susceptible d'augmenter la conscience que l'homme possède de ce qui l'entoure. Toute l'oeuvre de Beuys est un projet de réconciliation de l'individu avec son environnement par le biais de sa créativité, une qualité fondamentale que la société industrielle lui aurait fait perdre. Il appuie ses affirmations sur une longue observation de la nature et des résultats obtenus dans ses recherches artistiques. Le caractère souvent massif et l'étonnante présence physique de ses sculptures sont d'abord une invitation faite au public de renouer avec son propre corps(6).

Ses oeuvres du début des années soixante traitent de l'impasse dans laquelle se trouve l'individu moderne. Sa chaise de 1964 est recouverte de graisse. Tout à la fois dramatique et banale, elle est à l'image d'un homme réduit à n'être plus qu'un amas de matière informe, susceptible de se modifier sous le seul effet de la chaleur et sans même qu'il soit nécessaire de la toucher. Bien qu'aucune interprétation ne soit en mesure de donner tout le sens que contiennent les oeuvres de Beuys, il apparait que chacune d'elles se présente à la fois comme l'énoncé d'un problème et comme l'indication de sa solution. En 1966, suite à une performance réalisée à l'Académie de Dusseldorf, il réalise Infiltration homogène pour piano à queue, la première oeuvre de Beuys acquise par un musée français. Le piano recouvert d'une épaisse " peau " de feutre a perdu sa fonction musicale. La matière brute du feutre (fait du poil des animaux d'abattage) interdit toute utilisation du clavier et isole l'instrument de toutes ses possibilités sonores. Après avoir été un objet de concert évoquant la légèreté et la virtuosité, son enveloppe de feutre le transforme en une masse grossière, primitive et animale, à mi-chemin entre un meuble quelconque et un pachyderme paralysé sous son enveloppe. Il est intéressant de noter que la sonorité potentielle du piano coincide avec la vitalité de l'animal; toutes deux sont si fortement évoquées qu'elles en paraissent perceptibles. La croix rouge cousue sur le côté de cette " sculpture " exprime une situation d'urgence. L'animal que Beuys fait ainsi apparaître dans le piano étouffé évoque le monde animal avec lequel l'homme a rompu. La figure animale devrait permettre à l'homme moderne de retrouver une liberté de création et l'usage harmonieux de ses moyens d'expression.

La diversité des interprétations complémentaires, rendues possible par les oeuvres, lui ont permis de vérifier cette affirmation selon laquelle chaque homme est un artiste, capable de créer sans qu'il soit nécessaire d'intervenir par un mode d'ex pression traditionnel, la mise en ACTION de ses pensées par la parole étant déjà une forme pleine de création. A partir des années soixante, ces constatations ont contribué à modifier l'attitude des artistes et du public face aux _uvres d'art. Comme l'ont fait Duchamp puis les Nouveaux-réalistes, I'aspect rudimentaire des matériaux qu'utilise Beuys a permis de redonner une certaine noblesse aux objets méprisés, moins par un utopique souci de justice sociale ou politique que par celui d'élargir le champ de perception artistique. C'est ainsi que, faisant usage de ses qualités d'accumulateur et d'isolateur de chaleur, il fait du feutre un élément pré cieux, conservant l'énergie captée ou produite dans ses actions. Entre de nom breuses " actions ", il s'en sert dans Le bâton d'Eurasie pour permettre à ses longues cannes de cuivre de conserver l'énergie saisie au cours de ses manipulations. Dans le Fonds VII, les piles de feutre deviennent des productrices potentielles d'énergie et de chaleur, à l'image des piles éléctrogènes des premiers moments de l'histoire de l'électricité. Cette énergie est communiquée métaphoriquement à des plaques de cuivre qui coiffent chacune des piles, reliées entre elles par un ruban conducteur dont l'extrémité est fixée à plusieurs grandes électrodes. L'ensemble est une sculp ture massive disposée en un vague demi-cercle, évoluant potentiellement à hauteur et autour du regard. Bien qu'elle puisse paraître aléatoire et soit susceptible de légères modifications, la disposition de tous les éléments est aussi importante que dans ses dessins. En connaissant parfaitement la réaction de ses matériaux, leur compatibilité mutuelle, Beuys prévoit leur usure et leur vieillissement. C'est ainsi qu'à la fin de 1985, au moment de la nouvelle installation des Collections du Mnam, I'enveloppe de feutre recouvrant Infiltration homogène... avait été détruite par l'obstination de certains visiteurs à vouloir jouer sur le clavier du piano, malgré l'épaisse enveloppe de feutre. A la demande du Musée, Beuys remplaca le feutre initial. Il décida de le réutiliser en l'accrochant à une cimaise voisine à la manière d'une dépouille. Désormais intitulée La peau, cette ouvre inattendue vint donner une postérité imprévue à Infiltration homogène... et enrichir la diversité des ses interprétations. Si cette masse de feutre suspendue se présente au premier abord comme une dépouille animale, sa verticalité lui donne une qualité plus humaine et donc plus familière. La peau étant chez l'homme l'organe du toucher, cette sculpture est peut-être l'une des pièces de Beuys où le sens du toucher est le plus valorisé et sollicité (d'une manière toujours potentielle, par le seul mouvement de l'imagination du spectateur).
A partir du milieu des années soixante, les oeuvres de Beuys sont des installations complexes provenant de ses actions. Elles sont de plus en plus souvent faites pour susciter des discussions avec le public. Les oeuvres contiennent alors des éléments pouvant orienter ou enrichir un dialogue qui y serait ainsi potentiellement contenu (Iphigénie, Titus Andronicus, 1969).
Sur une plainte de ses collèques, Beuys est expulsé de l'Académie de Dusseldorf en 1972. Pendant près de dix ans, son oeuvre sera faite d'interventions et d'échanges avec le public et les élèves de l'Université libre, qu'il fonde pour pouvoir développer son concept de " sculpture sociale ".
Tirant la lecon de ses environnements qui résultent pour la plupart d'une interaction avec le public, les dernières ooeuvres qu'il réalise sont issues d'une réflexion personnelle où abondent les références à ses _uvres anciennes et à ses souvenirs personnels.
Au début des années quatre-vingt, il entreprend une série d'environnements qu'il élabore en dehors de ses actions. Parmi ces dernières " sculptures ", la plus imposante est Plight, réalisée quelques mois avant sa mort survenue en janvier 1986. Installée à l'origine dans une galerie londonienne, son installation actuelle dans les collections du Mnam correspond point par point à celle que Beuys avait réalisée à Londres. Le titre de l'oeuvre se traduit particulièrement mal. Le dictionnaire donne deux sens parallèles: celui d'un état un peu pénible d'une part, d'un engagement, d'une promesse (de fiancailles) de l'autre. Sa sonorité évoque une supplication, une plainte et quelque chose de brillant ou de lumineux.

En reprenant presque les mêmes matériaux, cette oeuvre fait directement référence à Infiltration homogène... dont elle donne une " vision " rapprochée. Certains commentateurs ont observé que le visiteur pouvait croire, en entrant dans l'espace de cette installation, qu'il circulait entre le piano d'lnfiltration homogène... et son enveloppe de feutre. Cette observation ne pouvant encore que s'ajouter au nombre des premières impressions du public, évoluant dans les deux pièces tapissées d'une double ligne de cylindres de feutre roulé, il est important de préciser que le visiteur qui entre dans une pièce y entre physiquement, d'une manière autrement plus résolue qu'il ne peut le faire par les mouvements de son imagination. La chaleur que produit son corps, I'air qu'il déplace en se mouvant ou en parlant, les sons qu'il peut émettre sont absorbés par le feutre au centre duquel se tient un élégant piano à queue, indifférent mais sensible, fermé et silencieux. Le thermomètre médical, posé sur le tableau noir, vide lui-même et fermant le piano, est le seul objet capable de réagir aux transformations de ce lieu. Tout en étant l'une de ses pièces les plus sobres, elle est également l'une des seules où la présence du public est aussi sensible. Elle parait être la vérification des présupposés de Beuys, puisqu'en pénétrant dans cet espace clos un nouvel organe de perception paraît se former. Un organe rassemblant l'ouie (le piano qui suggère une sonorité étouffée, le bruit sec des pas sur le parquet des deux pièces), I'odorat (le feutre a une odeur), la vue (I'espace est plus que calfeutré, le plafond est bas), le toucher (le feutre rugueux, le piano lisse et brillant) et le goût (sensibilisé par le pouvoir de dessication du feutre). Plight est aussi la synthèse de près de 40 ans de création.





(1) Lehmbruck a repris, à un stade déterminé, la tradition de l'expérience de la spatialité du corps humain et l'a portée à un sommet qui surpasse encore Rodin (...) ses sculptures ne peuvent pas être comprises visuellement-au sens strict du terme. On ne peut les comprendre qu'avec une intuition, de tous autres organes de sens ouvrant alors leur porte intuitive. C'est essentiellement l'acte de l'écoute, de la contemplation, de la volonté: cela veut dire que l'on trouve dans sa sculpture des catégories que l'art n'avait jamais trouvées ailleurs auparavant. - Joseph Beuys extrait de Par la présente je n'appartiens plus à l'art. p 12 - Paris 1988

(2) Car il faut dire avant tout que les animaux sont les représentants d'une force vitale qui a été totalement écrasée par le principe technologique: ce sont eux les victimes de notre soi-disante civilisation.Rien que pour cette raison ils ont leur place dans mes dessins comme porteurs de la vie dans toute sa richesse. Ou alors: comme un organe de l'homme, comme un organe directerment relié à l'homme. - Joseph Beuys Entretien avec Irmeline Lebeer - Cahiers du Mnam n° 4 p 188 - Paris 1980

(3) Ces formes invisibles, ne restent invisibles que tant que je n'ai pas d'yeux, point d'organes pour pouvoir percevoir ce qui est apte a devenir image. Pour qui sait donc se créer un organe de perception, ces formes sont perceptibles - Joseph Beuys Par la présente... p 147

(4) (...) Je parlais de cette chaleur dégagée tout au long du processus; je n'entends pas par là la chaleur physique mais ce que vous appelez Eros. Par thermoplastique, je ne veux pas décrire comment on chauffe un four; je pars plutôt d'une notion métaphorique de chaleur, qui, comme je le disais pourrait rejoindre celle d'Eros - Joseph Beuys Par la présente... p 71

(5) Mon intention initiale, en utilisant de la graisse, était de stimuler la< discussion. La souplesse du matériau m'a surtout attiré pour ses réactions aux changements de température. Cette souplesse est psychologiquement efficace: instinctivement, les gens l'associent aux processus internes, aux sentiments. Je voulais une discussion sur les potentialités de la sculpture et de la culture, leur signification, sur la nature du langage et de la créativité humaines. Aussi ai-je adopté dans ma sculpture une position extrême, choisissant un matériau essentiel à la vie et sans lien avec l'art. Je n'ai pas exposé l'oeuvre à l'époque, mais ceux qui l'ont vue alors, étudiants, artistes, ont eu des réactions vraiment étranges, qui confirmaient mes prévisions. lls se mettaient à rire, se fâchaient ou tentaient de détruire tout cela - Joseph Beuys cité par D.Davvetas in Artstudio p 13

(6) C'est clair, lorsque certaines idées ou certaines énergies de l'homme, qui tendent à une réalisation, se heurtent à de gros obstacles et sont par conséquent freinées - comme c'est aujourd'hui le cas pour tous ces hommes qui voudraient aller plus loin mais que les circonstances quotidiennes de la vie et les systèmes politiques bloquent - il se produit tout simplement un effet de rayonnement. C'est cette volonte entravée qui rayonne. Voici aussi le sens de certaines sculptures très ramassées, denses comme les tas de feutre que j'appelle agrégats ou machines productrices d'énergie - non parce qu'elles produisent du courant électrique, mais parce qu'elles sont censées avoir ce "rayonnement intérieur ". Au sens métaphorique, bien sûr. Elles fournissent une indication sur une force qui devrait être mise en oeuvre dans chaque homme - Joseph Beuys Lebeer p 184

(7) Les révolutionnaires et les révolutions n'ont pas réussi à produire autre chose que des effusions de sang. Ainsi, c'est comme s'il n y avait jamais eu de révolutionnaire en ce monde. Ainsi, jamais encore au monde n'a eu lieu cet acte de transformation qui liera la vie à la vie et cette vie-ci à une autre. Car c'est la seule chose que l'on puisse définir par transformation de ce qu'a reçu l'homme: la vie! Nous n'avons pas besoin d'entrer dans la vie: nous vivons déjà dans un être vivant, pris en nous même en tant " qu'être vivant ". Nous savons que nous avons cela en partage avec les animaux - Joseph Beuys Par la présente.... pp 46-47

( Cool Ca fait longtemps que j'ai quitté le soi-disant art moderne

(9) Les forces qui sont à l'oeuvre dans la sculpture sont celles qui sont à l'oeuvre dans l'homme. Toujours en prenant comme critère les énergies présentes dans les matériaux et dans leur forme, je constate que les énergies indéterminées sont celles qui existent dans la volonté de l'homme, que les énergies motrices sont celles de son affectivité (au centre) et que le principe de la forme se retrouve en haut, dans la tête (là où les gens localisent le siège de la pensée) .Vous avez donc là un élargissement de la notion d'art dans un sens anthropologique qui fait éclater les limites du concept d'art moderne .Dans la mesure où ses principes fondamentaux s'étendent à l'homme dans sa totalité.

(10) Je ne savais rien de lui jusqu'au jour où fut organisée dans la classe une grande discussion publique qu'il nommait " Ring-gespräch " car nous étions tous assis en rond. Au centre de la pièce se trouvaient un os et un pistolet, et nous étions invités à réagir. Après plusieurs interventions, Joseph Beuys demanda la parole, et dit: "Il faut d'abord tenir compte du fait qu'il s'agit ici de l'os d'un grizzli ". Cela m'impressionna d'abord de voir qu'il était le premier à parler de l'os, et qu'il en connaissait la provenance.Il ajouta :" ces deux objets sont intéressants dans leur différence: I'un est une partie organique, I'autre une partie mécanique, et il serait intéressant de contrôler la genèse de ces deux objets. Mais par ailleurs, quelque chose aussi les rapproche: ils ont tous les deux quelque chose à voir avec la mort. L'os parce qu'il n'est plus dans le corps de l'ours, et le pistolet, non seulement parce qu'on peut tuer grâce à lui, mais, parce que son principe mécanique même est un principe de mort". La précision de sa description m'en imposa; en outre, en deux ou trois phrases, une véritable perspective s'ouvrait à nous.
Mais la discussion n'était pas finie. Elle se poursuivit jusqu'au moment où une jeune fille, accoutrée comme une sorcière, se leva pour écrire au tableau des signes cabalistiques la lune, le soleil, et sous chacun des deux mots, plusieurs notions: femme, eau .../ homme, feu, etc. Je trouvais cela stupide, artitraire, et mêlé de superstition .L'ensemble du groupe lui aussi ne prenait pas au sérieux cette intervention .C'est alors que Beuys déclara qu'il ne comprenait pas notre réaction, car ce qui venait d'être écrit était la première chose raisonnable produite aujourd'hui. Ce fut pour moi comme un coup au visage - je ne comprenais plus rien .La contradiction était remarquable entre d'un coté l'expression d'une pensée claire, scientifique, et de l'autre, l'assurance donnée que ce rébus de notions était d'une grande précision. (...) -
Joseph Beuys Artstudio n°4 pp 119-120



1921 né le 12 mai à Krefeld
1941/45 service militaire dans la Luftwaffe
1946 prisonnier de guerre, retour à Clèves
1947/51 études à la Kunstakademie de Dusseldorf
1949/51 élève du sculpteur Ewald Mataré
1953 première exposition personelle
1959 se marie avec Eva Wurmbach
1961/72 chargé d'enseignement à la Kunstakademie de Dusseldorf (chaire de sculpture monumentale)
1962 premiers contacts avec le mouvement Fluxus
1972 participe à la Documenta 5 avec le bureau pour la " Démocratie directe par référundum "
1973 création de l'Université libre internationale pour la créativité et la recherche
1978 professeur à l'Académie des arts appliqués à Vienne, membre de l'Académie des Beaux Arts de Berlin
1979 candidat des " Verts " au Parlement Européen
1986 recoit le prix Wilhelm Lehmbruck de la ville de Duisburg

meurt le 23 janvier à Dusseldorf


1985 Joseph Beuys, " Is it about a bicycle ? "
Franz Bernard Lamarche-Vadel
Editions Marval, Galerie Beaubourg, Paris
Sarenco-Strazzer, Vérone
1987 Art studio n°4
Paris, printemps
1987 Joseph Beuys, dessins
Editions Benteli
1987 Joseph Beuys, peintures à l'eau, aquarelles
Centre national d'art contemporain de Grenoble
1988 Joseph Beuys, coyotte
Editions F.Hazan, Paris, 97 planches
1988 Par la présente, je n'appartiens plus à l'Art
Editions de l'Arche, Paris
1988 Bâtissons une cathédrale
au Kunstmuseum de Bâle en juin et octobre 1985
Editions de l'Arche, Paris
1988 Joseph Beuys, conversation avec Eddy Devolder
Editions Tandem, Gerpinnes, Belgique
1989 Joseph Beuys, les premières aquarelles
Editions Schirmer-Mosel
1989 Beuys, das Kapital Raum
Editions Adam Biro, Paris




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Orphée
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PostPosted: Thu 30 Oct - 00:31 (2008)    Post subject: COYOTE Film Reply with quote

COYOTE FILM   
 

 
Voici un film court sur Joseph Beuys que j'ai trouvé dans un site d'archives en ligne... [...]   
Voir la vidéo en grand format : http://blip.tv/file/10602
Si vous voulez voir Joseph Beuys en concert suivez le lien : 
http://videobomb.com/posts/show/183
[ndlr : il s'agit d'une chanson contre Reagan]
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PostPosted: Today at 18:45 (2017)    Post subject: Joseph Heinrich Beuys

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